jeu
nom masculin(latin jocus, plaisanterie)
- Activité d'ordre physique ou mental, non imposée, ne visant à aucune fin utilitaire, et à laquelle on s'adonne pour se divertir, en tirer un plaisir : Participer à un jeu.
Je n'écris donc "à aucune fin utilitaire".
Bien vilain raccourci que celui là. C'est bien le problème de ce que les êtres humains, ces êtres terre-à-terre, ces êtres qui passent leur vie à compter, appellent "utile". Chaque chose, chaque entreprise à son usage, bien qu'on aimerait nous faire croire le contraire. De Vinci ne s'est pas fendu à peindre la Mona Lisa pour qu'on lui dise que son hideuse croûte est inutile. L'usage des productions de l'activité intellectuelle, comme l'écriture, la peinture, la conception en général, c'est de donner à son tour à celui qui leur est confronté - à ces productions, pour ceux du fond qui ne suivent pas - matière à faire fonctionner son intellect. Toi, le pauvre type, la pauvre fille qui lis ce vil amas de merde aux airs de texte en prose, si tu ne réfléchis pas, si tu ne tournes pas mes propos dans tous les sens pour me comprendre, me louer, ou me blâmer, c'est que tu n'es qu'un(e) abruti(e). Pense donc, chair et os, pense et dispense à ton tour les productions de ta pensée. Le jeu, c'est donc jouer pour faire jouer. On va me dire "Mais, benêt, si je joue tout seul, qui est-ce que je fais jouer ?". Ce à quoi je répondrai "Tu es un abruti social, mon ami, et lorsque tu joues seul, ne cherches-tu pas la performance ? Tu ne me feras pas croire que tu ne cherches pas à gagner, même face à nul de tes congénères. Et en tant que joueur social, tu feras entrer le jeu dans la "Grande Compétition" que nous nous livrons tous, celle qui remonte à l'instinct primal, celui qui te pousse à conquérir la chatte à la voisine. Tu gagnes, même face à toi-même, et tu compares. Tu "compétitionnes". Mais ton voisin, ça ne va pas lui plaire quand tu vas lui expliquer que tu as lâchement explosé son score à tel ou tel jeu. Alors, il va tenter de t'abattre à son tour, juste pour montrer qu'il en a une plus grosse. Tu auras compris alors que dans tous les cas de figure, en solitaire ou contre d'autres simultanément, le jeu appelle le jeu, et par extension, l'impulsion intellectuelle primaire qui engendre la production intellectuelle appelle la stimulation intellectuelle chez le "receveur", tantôt spectateur, tantôt lecteur, ou bien joueur."
Quoique que je produise intellectuellement, je cherche à produire chez toi la même étincelle, le même remue-méninges que chez moi à l'origine. L'usage est permanent, et cet usage : c'est la magnifique transmission sociale de l'activité de pensée. Et perso, je kiffe.
Tu m'as compris, petit ?